Accueil Revue de presse Si notre pays devient un EMS pour dictateurs, faut pas s’en faire

Si notre pays devient un EMS pour dictateurs, faut pas s’en faire

Cette semaine, c’est les vacances scolaires. Et ma mère est venue me rendre visite, avec ma nièce. Elles sont venues de Toulouse, en avion. Heureusement qu’elles sont Françaises, parce que figurez-vous que si elles avaient été Marocaines ou Colombiennes, elles n’auraient peut-être pas pu me rendre visite.

Comment ça ?

Les ressortissants qui ne sont pas européens n’obtiennent pas automatiquement un visa pour venir admirer le château Chillon ou le Cervin. Ils doivent d’abord montrer patte blanche. Notamment, en prouvant qu’ils disposent des « moyens de subsistance suffisants » pour leur séjour, c’est-à-dire environ 100 francs par jour. Ma mère est restée une semaine. Si elle avait été Marocaine, elle aurait dû prouver aux douanes qu’elle avait au moins 700 francs en liquide ou sur un compte bancaire, pour pouvoir venir. C’est écrit noir sur blanc dans la Loi sur les étrangers.

C’est vrai que c’est le genre de choses que nous, Européens, nous ignorons généralement…

La Suisse n’est pas le seul pays à faire ça, hein. La France, par exemple, demande aussi environ 30 euros par jour.

Mais tous les citoyens Africains ou sud-américains ne sont pas traités à la même enseigne. Il y a un Camerounais, par exemple, qui n’a jamais eu de problème à Bardonnex. C’est Paul Biya.

Vous le savez, c’est le président du Cameroun, qui vient d’être réélu pour la 7e fois le 22 octobre dernier. Il a 86 ans, et il rempile pour sept ans, visiblement, il n’a pas de rhumatismes !

Mais c’est pas non plus un papy gâteau : avec lui, les opposants politiques vont en prison, l’armée réprime violemment les manifestants et les médias sont censurés… Sans parler de la corruption, mais bon, il faut bien gagner sa vie.

Question politique, c’est pas non plus un hyperactif : Sur trente six ans comme président, il a passé plus de quatre ans dans des voyages privés à l’étranger. Et d’après vous, il vient où, pour se détendre les cervicales ? En Suisse, pardi. Son kiff c’est l’Hôtel Intercontinental, où il est accueilli comme un prince plusieurs fois par an.

En même temps c’est un bon client : quand il vient, c’est avec toute sa délégation, composée d’au moins 40 personnes. Il en faut, des chambres, pour toute cette troupe, de la première dame Chantal, en passant par les gardes du corps et les assistants de Monsieur. A chaque fois c’est pension complète. Selon mes estimations, quand ils restent un mois, ça coûte pas moins d’un million.

A qui ? A l’Etat camerounais. C’est-à-dire que c’est de l’argent que les citoyens de ce pays auront en moins pour construire des écoles, des routes et des hôpitaux. La moitié des Camerounais vivent avec moins de deux dollars par jour. Et pendant ce temps, Paul Biya profite de la piscine à l’Intercontinental.

Mais c’est pas grave, c’est bon pour l’économie suisse, nous dit-on. Si notre pays devient un EMS pour dictateurs, faut pas s’en faire, ça fait des emplois. C’est pour ça qu’il ne faut pas se tromper dans les mots. Ce Camerounais là, c’est un gentil touriste. Les autres, ceux qui viennent à pieds ou en bateau, ce sont des migrants.

Et je vous recommande le brunch, à l’Intercontinental, qui est dé-li-cieux. Sans rancune !

Marie Maurisse Sans rancune

Radio Lac