Accueil Revue de presse Situation au Yémen : « Sur le sujet, ma rancune est tenace »

Situation au Yémen : « Sur le sujet, ma rancune est tenace »

Je vais parler du Yémen, et pour une fois, je ne ferai pas de blagues, parce que c’est un sujet qui me touche beaucoup.

Ca paraît loin, ce petit pays de 27 millions d’habitants situé tout au Sud ouest de la péninsule arabique… Et bien ce pays s’est imposé à moi sur les réseaux sociaux. Vous avez peut-être vu aussi, sur votre fil Facebook, ces photos d’enfants Yéménites mourrant de faim. La peau sur les os. Le thorax énorme, sur des petites têtes décharnées. Les genoux saillants. Des enfants qui crèvent. Nous sommes en 2018, on va dans l’espace, on fabrique des moutons transgéniques, on fait pousser des fraises en hiver, on communique en vidéo avec nos proches à l’autre bout de la planète. Mais en 2018, des enfants meurent de faim. Au Yémen.

Vous allez me dire que c’est triste, mais que c’est déjà vu. Et vous aurez raison : des famines, il y en a souvent. L’Ethiopie en 1985, on s’en souvient tous. Déjà, à l’époque, les journalistes essayaient de mobiliser le monde avec des photos chocs.  Michael Jackson avait réagi et sorti la chanson We are the world.

Aujourd’hui, personne ne chante pour les Yéménites. L’habitude, peut-être…

La famine au Yémen, Philippe, est dûe à la guerre entre les Houthis, et la coalition saoudienne, qui tente d’écraser les rebelles. Des deux côtés, cela bombarde. Des deux côtés, cela tue. Au moins 10 000 morts depuis 2015.

Au Yémen, 14 millions de personnes ont cruellement faim. La moitié sont des enfants. Face à cela, on ne peut pas dire, c’est comme ça, c’est la géopolitique. Parce qu’il y a des coupables. Des personnes, qui ont du sang sur les mains. Tentons ensemble d’en faire la liste.

  • En premier lieu le prince héritier saoudien Mohammed Ben Salman, qui orchestre les exactions de ses troupes au Yémen
  • Puis le chef des rebelles Houthis, Abdel Malek al-Houthi, qui a snobé les derniers pourparlers pour la paix à Genève
  • L’ONU, qui a multiplié les belles déclarations, mais ne dispose d’aucuns moyens pour agir efficacement
  • Les chefs d’Etat, nos chefs d’Etat, qui s’en lavent les mains depuis trois ans. Emmanuel Macron, en particulier, qui a refusé de décréter un embargo sur les armes et multiplie les courbettes à l’Arabie Saoudite pour signer des gros contrats
  • La société suisse Swiss Arms, entre autres, qui a livré des fusils d’assaut à l’armée saoudienne. Son directeur s’appelle Pasquale Caputi. Un homme bien, paraît-il..

Ironie du sort, si les choses ont un petit peu commencé à bouger, ce n’est pas parce que tous ces gens ont eu de la peine pour les petits Yéménites, non non. C’est parce que le journaliste saoudien Jamal Khashoggi a été découpé en morceaux à Istanbul. Un journaliste en petits morceaux, ça a suffit pour faire bouger Donald Trump, alors que lui, et son prédécesseur Barack Obama, fermaient les yeux depuis des années sur le drame humanitaire au Yémen.

Mardi, les Etats-Unis ont donc exigé un arrêt des bombardements au Yémen. Et plusieurs pays, dont la Suisse, ont suspendu les exportations d’armes vers l’Arabie saoudite. Mieux vaut tard que jamais. Mais je doute que cela suffise à sauver les millions d’enfants dont la vie ne tient qu’à un fil. Dans ce dossier, tout le monde devrait avoir honte. Et pour une fois je ne dis pas « sans rancune », parce que sur le sujet, ma rancune est tenace.

Marie Maurisse Sans Rancune

Radio Lac