Accueil Revue de presse L’affaire Maudet expliquée aux Vaudois

L’affaire Maudet expliquée aux Vaudois

Les médias protégeant leurs sources, on ne sait jamais très bien qui les inspire, qui les informe et qui confirme au moment des vérifications. Ça fait complètement partie du jeu. Et comme on ne sait pas, on peut tout imaginer. Tout devient possible entre l’hypothèse la plus simple (qui est aussi la plus probable en général) et les théories du complot les plus sinueuses.

Quand des médias allument et alimentent une affaire d’Etat dans le canton de Vaud, on peut en général deviner en gros d’où ça vient. C’est assez standard. Il peut évidemment s’agir d’une personne quelconque, qui est au courant de quelque chose qui a heurté sa morale. Ou qui saisit l’occasion de régler des comptes (assez répandu parmi les fonctionnaires, mais pas seulement). En période électorale, entre une élection au Conseil d’Etat et des élections fédérales par exemple, la probabilité augmente que les informateurs aient des sensibilités politiques partisanes. Attention : des tentatives de déstabilisation peuvent aussi avoir lieu, et des comptes se régler à l’intérieur d’un même parti.

Le rôle du PDC

Si les Vaudois ont tant de peine à comprendre la politique à Genève, ce n’est pas seulement parce qu’ils pensent que les Genevois ont le même problème avec eux. C’est surtout parce que le parti démocrate chrétien est une formation qui compte là-bas, ce qui n’est pas le cas chez eux.

Les Vaudois ont tendance à penser que les Genevois sont plus protestants qu’eux parce que Genève est la Cité de Calvin. Pas du tout. Une partie très significative du canton n’a jamais connu la Réforme. Douze communes savoisiennes adjointes à Genève en 1816 (Traités de Paris et de Turin), et six transférées du Pays de Gex (côté aéroport). Des communes très peuplées aujourd’hui. Les Genevois pensent que les Vaudois savent cela. Ce n’est pourtant guère le cas (les Genevois ne savent pas non plus grand-chose des Vaudois).

Le Parti catholique conservateur, devenu plus tard démocrate-chrétien, joue donc un rôle tout à fait significatif à Genève. Depuis tout de même deux cents ans. Il est représenté au gouvernement, ce qui est inconcevable côté vaudois. S’agissant du Conseil d’Etat précisément, le canton s’était accommodé ces derniers temps d’une sorte d’équilibre entre libéraux-radicaux (PLR) et démocrates-chrétiens (PDC). Aux dernières élections, le PDC a toutefois perdu un siège précieux et prestigieux. Par manque de soutien des PLR selon toute apparence, en bonne partie du moins et malgré les déclarations de campagne. Une véritable humiliation.

Le PLR Pierre Maudet, lui, a été triomphalement élu au premier tour, avec voie royale vers la présidence du futur gouvernement. A Genève, dans ce genre de circonstance, vous pouvez compter jusqu’à dix et c’est le chaos. Indépendamment du voyage au Moyen-Orient que l’on reproche aujourd’hui à Maudet. Des questions sur ce voyage se posaient d’ailleurs dans la république politicienne depuis un certain temps déjà.

Frères ennemis

Cette affaire aurait peut-être pu sortir bien avant ou bien après. Alors pourquoi maintenant ? Il n’y a aucune certitude, mais tout de même une probabilité assez élevée qu’un, ou des informateurs PDC (ou un proches du PDC et du dossier) aient joué individuellement un rôle dans ce timing. Et ce n’est certainement pas le président du parti, dont le manque de soutien ostensible à Pierre Maudet depuis le début de l’affaire semble tellement répondre au manque de soutien des PLR lors de la malheureuse tentative de réélection du PDC Luc Barthassat (mais peut-on demander à un président blessé par la défaite de faire front comme la plupart de ses camarades aux récupérations programmées et légitimes de la gauche?).

Ce que les Vaudois ne comprennent pas toujours non plus de la politique dans le Valais, Fribourg ou le Jura, c’est ce que représente encore concrètement la rivalité séculaire des démocrates-chrétiens et libéraux-radicaux. Ils peuvent fort bien s’entendre philosophiquement face aux pressions extérieures. Surtout dans les affaires courantes. C’est beaucoup plus tangent lors d’élections, ou s’agissant de répartition des postes-clés de l’Etat. Les soupçons ne sont jamais loin. La détestation peut tout d’un coup reprendre le dessus. Viscéralement, comme au XIXe siècle à l’époque du Kulturkampf. A Genève, elle est équitablement répartie des deux côtés. Sans monopole en matière de coups bas. Dans ces moments-là, même les deux partis en tant que tels, leurs directions, leurs personnalités de référence, ne parviennent plus à désamorcer la dynamique dévastatrice.

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