Accueil Revue de presse Faut-il (vraiment) s’indigner des voyages tous frais payés ?

Faut-il (vraiment) s’indigner des voyages tous frais payés ?

L’atmosphère de grande lessive qui agite en ce moment les cantons de Genève et de Vaud vous inspire en même temps qu’elle vous agace ?

Je suis en effet sidéré par ce qui se passe en ce moment, des voyages d’Abu Dhabi à ceux de Russie, et tant d’autres qui, peur du scandale oblige, restent dans le secret des cabinets. Car il n’y a rien de nouveau à l’horizon et je désespère qu’on puisse un jour réglementer dans un domaine aussi délicat que celui des relations humaines.

Vous n’allez tout de même pas nous dire que vous êtes prêt à cautionner n’importe quoi, en particulier lorsqu’il s’agit d’avantages perçus par un élu.

Exprimé de cette manière, c’est simple. La réalité est toute autre. Commençons par les journalistes. J’ai connu une époque où les rédactions étaient invitées à des voyages qui n’avaient rien à envier à ceux qui font débat aujourd’hui. La seule rédaction qui avait réglementé dans ce domaine était celle du défunt journal La Suisse. Le journaliste était volontaire, voyageait sur son temps de vacances, et s’il commettait un reportage, il était rétribué par l’éditeur.

Mais cela n’a pas empêché le Conseil de la presse d’émettre des recommandations.

C’est une bonne chose, même si l’organisme de référence éthique et déontologique a mis du temps. Car il était courant, dans le domaine de l’économie en particulier, de se voir proposer des cadeaux qui allaient bien au-delà du tolérable. Je ne citerai qu’un cas. Lors de l’inauguration de la première banque suisse sans guichets sécurisés, à Nyon, les journalistes ont découvert dans leur dossier de presse une petit enveloppe avec la mention « pour vos frais » tapée à la machine à écrire. Elle contenait un billet de 500 francs. Autant vous dire que le jeune père de famille de l’époque a souffert le tourment, avant de renoncer à ce billet qui a défaut d’être doux aurait mis du beurre dans les épinards.

Mais pourquoi les autorités politiques ont-elles mis autant de temps pour s’imposer la transparence ?

Sans doute parce que les élus de tous bords ont, une fois ou l’autre, bénéficié d’une invitation. Et puis la transparence, imaginée comme une antidote à la corruption, est un phénomène récent, issu des pays anglo-saxons. C’est surtout à gauche qu’on mène ce combat, avec plus ou moins d’assiduité. Le conseiller d’Etat vaudois Pierre-Yves Maillard a mis de l’ordre dans les cadeaux, sous forme d’invitations à des congrès, envoyés aux médecins des hôpitaux publics, en particulier du CHUV. Aujourd’hui, c’est le tour des professeurs de l’école polytechnique de Lausanne, l’EPFL, d’être mis sous pression.

Ces règles sont nécessaires…

Encore faut-il être en mesure de les appliquer. Nos hautes écoles ont établi avec les secteur privé des partenariats qui se chiffrent en dizaines de millions de francs. Apparemment à la satisfaction quasi générale. Faut-il encore, dans la pratique, pouvoir assurer un contrôle sans tomber dans la chasse aux sorcières. Et puis, nous le savons tous, l’oubli finit par exercer son œuvre. Vous en voulez la preuve ? Il fut un temps, que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, où une délégation du Gouvernement genevois s’est accordé une escapade sur un bateau de luxe en Méditerranée. Il ne s’agissait pas de vacances d’Etat, mais bien de répondre à l’invitation d’un célèbre armateur grec qui avait pignon sur rue dans la République

Isidore Raposo Le trouble fête

Radio Lac