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Lac Léman : pourquoi l’eau de certaines plages est-elle régulièrement polluée ? Le Messager – jeudi 27 août 2020

Cet été, les épisodes de pollution des eaux se sont succédé le long du littoral lémanique. Face à une histoire qui se répète au bord de ces plages fréquentées, la collectivité cherche à limiter les dégâts.

Dossier réalisé par Ludivine Caporal avec Benoît Sourd

Ces dernières semaines, plusieurs plages ont été interdites à la baignade suite à des épisodes de pollution : le Champ de l’eau ; à Anthy, la Pointe, à Messery ; mais aussi la plage d’Excenevex. Des incidents qui ont tendance à se répéter d’une année sur l’autre et que les collectivités et l’Agence régionale de santé (ARS) tentent d’éviter au maximum.

A Excenevex, la baignade a été interdite sur la partie la plus ensablée de la plage.

Quelle pollution ?

Les eaux de baignade des plages du Léman sont régulièrement en proie au même type de pollution, d’origine fécale. Pour s’en assurer, l’ARS, qui procède à des analyses d’eau deux fois par mois en saison estivale, recherche en priorité deux bactéries faisant office d’indicateurs : les Escherichia coli et les entérocoques.

Si leur présence dépassent un certain seuil (lire ci-contre), la baignade présente alors un risque pour le public, qui pourrait se voir contaminer. « Il y en a toujours un peu, c’est impossible de ne pas en avoir en milieu naturel. On a donc un seuil de référence et un seuil de limite », explique Christel Lamat, référente régionale de l’ARS sur la thématique des eaux.

 

Quelle origine ?

Naturellement présentes dans les déjections humaines et animales, comment expliquer que ces deux bactéries se retrouvent, d’un coup, en surnombre dans le Léman ? « Principalement à cause du rejet des eaux usées qui se font dans les rivières et le lac, répond Audrey Klein, secrétaire générale à la commission internationale pour la protection des eaux du Léman (CIPEL).  Si le seuil est dépassé, cela veut dire qu’il y a eu un dysfonctionnement au niveau des réseaux d’assainissement. On rencontre souvent ce problème avec des orages, qui peuvent entraîner des débordements dans les stations d’épurations ou les canalisations. Mais ce n’est pas obligatoirement la commune où se trouve la plage qui est responsable. C’est pour ça qu’il faut travailler à l’échelle d’un bassin versant pour trouver des solutions. » D’autres facteurs peuvent également mener à ce type de pollution, à l’image des effluents d’élevages agricoles, à savoir des déjections animales rejetés dans la terre puis transportées dans les cours d’eau se jetant dans le lac.

 

Quels dangers pour l’homme ?

Si trop présentes dans l’eau, les deux bactéries peuvent provoquer chez certaines personnes des vomissements, des diarrhées, des irritations cutanées ou ORL. Les enfants, susceptibles d’ingérer de l’eau en buvant la tasse ou du sable mouillé en portant leurs doigts à leur bouche, sont généralement les plus touchés par ces symptômes. Certaines souches de l’Escherichia coli peuvent parfois entraîner des formes plus graves de maladies. Ce serait sensiblement le cas pour la plage d’Excenevex, où cinq enfants se sont retrouvés hospitalisés après avoir développé un syndrome hémolytique et urémique, qui atteint le système digestif. « La contamination par l’eau est très rare, elle se fait généralement par l’alimentation. Et ce n’est pas tout le monde qui développe ce syndrome », indique Christel Lamat.

Qu’est-ce qu’une bonne eau de baignade?

Pour déterminer la qualité d’une eau de baignade, des échantillons sont prélevés afin de mesurer la présence des Escherichia coli et des entérocoques intestinaux. En fonction du taux relevé, on qualifie donc une eau de baignade d’«excellente», de «bonne», de «suffisante» ou d’«insuffisante». Grâce à une carte interactive, la Commission internationale pour la protection des eaux du Léman (CIPEL) répertorie toutes les plages du lac et les classe en fonction des dernières analyses bactériologiques effectuées. Ainsi, de Saint-Gingolph à Chens-sur-Léman, l’ensemble des plages, sauf celle d’Excenevex et du Champ de l’Eau, sont classées avec une eau de qualité « bonne à excellente » à l’heure où nous écrivons ces lignes.

Un passif vieux de plusieurs années

Depuis plusieurs années, les plages d’Excenevex et d’Anthy-sur-Léman font l’objet d’une surveillance accrue en termes de qualité de l’eau. En 2013, la baignade à Excenevex avait été interdite pendant plusieurs jours, en raison de la présence des mêmes bactéries. Puis rebelote en 2014 et en 2015… On soupçonnait, à l’époque, quelques exploitations agricoles situées à l’amont du cours d’eau du Vion, qui se jette dans le lac.

La plage de Corzent, à Thonon, est interdite à la baignade depuis 22 ans.

Du côté d’Anthy, c’est la rivière du Pamphiot qui bouleverse souvent la tranquillité du Léman au niveau

de la plage du Champ de l’Eau. En 2009 déjà, l’ancien maire du village, Jean-Paul Vesin, s’inquiétait déjà dans nos colonnes du devenir de ce site, connu par le plus grand nombre sous le nom de «plage de Corzent«. « Très franchement, vu comme c’est parti, je pense que la plage pourrait être fermée pour encore 10 à 15 ans ! Il sera dur de résoudre le problème avant ». L’élu poursuivant : « La pollution est diffuse et permanente. Elle se stocke dans le lit de la rivière et quand il y a de grosses pluies, tout descend au lac ». Heureusement, depuis, des initiatives portées par Thonon Agglomération ont permis de limiter les cas de contamination de l’eau (lire ci-contre).

Des moyens concrets pour endiguer la pollution
« Si on ne fait rien au niveau de l’assainissement, ce sont des événements qui vont se reproduire », alerte Audrey Klein, secrétaire générale à la commission internationale pour la protection des eaux du Léman (CIPEL). Qu’elles soient importantes ou non, les pollutions peuvent avoir plusieurs origines. Mais la plus probable reste un dysfonctionnement des réseaux d’eaux. A Allinges, par exemple, des travaux d’assainissement sont en cours afin de remplacer les vieilles canalisations et séparer les eaux usées et les eaux pluviales pour éviter toute pollution. Car, même si le village ne se situe pas au bord du littoral, ses réseaux se déversent en grande partie dans la rivière du Pamphiot qui, elle, trouve son point de chute dans le Léman, au niveau de la plage de Corzent, à Anthy-sur-Léman.

La lutte contre la pollution des eaux se réalise à plusieurs échelles.

En décembre 2019, l’Agglo de Thonon s’est penchée sur une solution alternative pour empêcher, cette fois, la pollution agricole des rivières et autres cours d’eau. A Brenthonne, Draillant et Lully, des abreuvoirs ont été mis en place afin d’éviter que les troupeaux ne s’éparpillent sur l’ensemble des ruisseaux et, ainsi, transportent des matières polluantes. Mais les résultats de telles opérations restent compliqués à analyser. « Les pollutions peuvent provenir de plusieurs endroits. C’est toute la problématique. On ne peut pas les empêcher à 100 %. Mais on tente au mieux d’assurer la santé publique de notre population », rapporte Serge Bel, en charge de la politique du grand cycle de l’eau à l’Agglo.

A Excenevex, la commune réalise ses propres analyses
Depuis environ 10 ans, Pascal Dufourd s’occupe d’analyser les eaux de baignade d’Excenevex pour la commune. En plus des prélèvements régulièrement réalisés par l’Agence régionale de santé (ARS), il intervient chaque semaine, ou lors d’un épisode orageux, pour s’assurer que la qualité de l’eau reste bonne. Une volonté de la municipalité afin de garder le contrôle de ses rives. « On veut être transparent et savoir ce qu’il se passe. Grâce à nos analyses, on a également pu trouver certaines réponses et améliorer la qualité de l’eau d’année en année. On a travaillé avec les agriculteurs, trouvé certaines sources de bactéries, appris à mieux connaître les situations propices aux pollutions… », rapporte l’agent communal.

 

 

 

 

 

 

 

Pascal Dufourd partage son laboratoire avec un agent communal d’Anthy-sur-Léman qui réalise les mêmes tests.

Dans une petite salle qui fait office de laboratoire, au centre du village, Pascal Dufourd dispose de tout l’équipement nécessaire pour analyser le taux des Escherichia coli et des entérocoques dans l’eau. « Je viens généralement la veille du week-end. Je fais un prélèvement au milieu de l’aire de baignade, un endroit établi par l’ARS. Après avoir déposé les échantillons en chambre d’incubation pendant 24 heures maximum, j’ai les résultats et je peux calculer s’il y a un dépassement de seuil ou non », explique Pascal Dufourd. Si quelque chose cloche, ce dernier alerte directement la municipalité, qui s’occupe de contacter l’ARS.

Mais les relevés d’analyses peuvent avoir leurs limites. La dernière pollution en date n’a pas été décelée à l’aide des échantillons d’eau, mais parce que cinq enfants ont présenté des symptômes de contamination. « Nos résultats étaient bons. Ceux de l’ARS aussi. Mais c’est une certaine souche de la bactérie Escherichia coli, difficile à analyser, qui peut changer la donne si elle est présente. »

 

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